Arabesque sur Seine

Arabesque sur Seine Samta Benyahia

Commissariat de Bernard Point, extrait de sa présentation de l’exposition :
« Notre nouvelle rencontre se place en “Arabesque sur Seine” qui titre l’exposition de Samta Benyahia. La photographie de couverture du catalogue inscrit la Seine au travers de l’arabesque en fer forgé de la balustrade du pont entre Île-Saint-Denis et  Villeneuve, à deux pas de ce centre culturel. Ce fleuve n’a pas été retenu par hasard par Samta, car la mise en scène de ce bleu entre deux rives devient le symbole de cet azur entre deux continents, et témoigne de la profondeur marine qui s’arabesque au cœur de la culture de Samta Benyahia. Cette traversée d’un espace, ainsi que ce passage entre deux cultures trouve son expression dans un véritable bas-relief, qui inscrit sa découpe répétitive, mais paradoxalement, troublée par un arrachement hasardeux. C’est en réalité une broderie, née d’un découpage de cuir issu d’un pochoir, multipliant des formes équivalentes. Cette photo annonce l’entrée dans cette exposition marquée par la thématique culturelle de cette saison : “les toiles”, et nous fait accéder aux cieux étoilés de fantasmes poétiques, entre ordre et désordre. Puis, on ose redescendre sur terre, en pliant soigneusement et rangeant méthodiquement des draps ou toiles imprimées de rosaces bleues, motif récurrent dans le travail de Samta Benyahia devenu symbole de moucharabieh et qui jouent encore avec l’organisation ou le chaos de cette composition. On imagine investir l’espace, en se plaçant mentalement devant le rangement dense de ces étoffes, qui peuvent aussi y échapper en débordant cette structure orthogonale traversée par la lumière et l’ombre, qui devient paradoxalement encore, filtre de chaleur ! Une photo va maintenant nous donner la possibilité de retendre à l’intérieur de vieux cadres dorés l’organisation géométrique de ce monde étoilé. Pourtant, un autre cadre suranné vient se superposer pour nous faire vivre en parallèle avec la souplesse de chiffonnages tempétueux. Samta ne peut manquer de nous dire que tout ceci devient la transposition arabesque du souvenir profondément ancré, de son enfance dans la maison de ses grands-parents. Et, en traversant diagonalement l’espace, une autre vue de ce relief drapé par la trace de l’ombre géométrique d’un “moucharabieh” supposé apparaît, qui ne peut imposer sur ces mouvants textiles, la rigueur du dessin traditionnel. Une nouvelle installation “de fil en aiguille” présentée par six photos, nous annonce une mise en espace étonnement complexe. Des étoffes empilées avec ordre sur une étagère dont l’horizontalité les porte, tout en les isolant de l’accumulation baroque de dentelles jetées en boulimie. Quelques étoiles cherchent à relier ce qui se range et ce qui se roule. Samta exprime ainsi symboliquement la complexité de la préparation des trousseaux de mariées. Une fois de plus, l’art n’est pas pour donner une assise incontournable, mais pour susciter un déséquilibre créatif. »

Bernard Point. Extrait du catalogue de l’exposition. Octobre 2013.

Arabesque sur Seine, Centre Culturel Max Juclier, Villeneuve la Garenne 2014

Présentation de Bernard Point

Présentation de Zineb Labidi